Attention : école abandonnée !
Les faits divers qui meurtrissent directement ou indirectement l’école sont de plus en plus nombreux et violents.
Cette récurrence ne conduit par pour autant la société à s’interroger efficacement sur les causes réelles de cette situation.
Ainsi, à ce jour, la posture, consistant à éviter délibérément d’avoir à apporter des réponses concrètes à la complexité de la question scolaire, autorise toutes les attaques partisanes et la mise en place d’une véritable chasse aux sorcières contre les enseignants.
Cette contestation « visible » contre les professeurs aggrave un état de fait, lui, pour l’instant moins sujet à polémique. En effet, les professionnels de l’éducation ne possèdent désormais plus le « monopole » de la transmission des savoirs.
Nous assistons depuis quelques années déjà à la fin d’une forme de « magistrature intellectuelle », jadis louée.
La didactique a bien tenté de « coller » à la rapidité de ces changements en mettant l’accent sur des pédagogies dites « actives ».
Les apprentissages convergeant désormais vers l’objectif « d’apprendre à apprendre ».
Mais cette démarche pédagogique porte en elle ses propres limites. Elle aboutit, in fine, à une forme exclusive de pensées techniques qui altère durablement le fond.
Cette conception pragmatique et fonctionnelle de l’éducation ne répond restrictivement qu’aux besoins d’une économie technisée. L’apprenant, dès sa formation initiale, comprenant qu’il n’a aucune « chance » de trouver un emploi s’il n’est pas qualifié.
Dès lors, l’école n’est plus perçue comme un lieu d’épanouissement et d’émancipation mais comme une institution essentiellement contraignante et donc difficilement acceptée par des jeunes.
Pourquoi difficilement acceptée ?
Premièrement, car il ne s’agit pas uniquement de la part des jeunes d’une remise en cause de l’éducation mais de l’absence d’éducations. En effet, les rapports intergénérationnels entre les adultes et les non-adultes ne cessent de se dégrader. Alors même que nous sommes entrés dans l’ère de la communication effrénée ; les tentatives de dialogues, lorsqu’elles existent, s’apparentent davantage à des monologues, creusant un peu plus le « fossé ».
L’institution scolaire se retrouve isolée pour remplir ses missions car les familles n’assument pas celles complémentaires et essentielles qui leur incombent.
Deuxièmement, le « modèle » des normes proposées par l’école n’est plus considéré comme « imitable » car difficilement identifiable.
Normes « brouillées » , qui ne portent en elles que très peu de valeurs devant reposer par essence sur une vision clairement humaniste de la société.
La transmission de notre patrimoine culturel passe au second plan au « bénéfice » d’une « culture » de l’individualisme forcené dont se nourrit le capitalisme.
Il s’agit d’une volonté des pouvoirs politiques et économiques, au sens large du terme, d’empêcher, par leurs choix éducatifs, l’émergence d’une conscience critique potentiellement capable de remettre en cause le socle inique sur lequel ils reposent.
En même temps, l’abandon des valeurs idéologiques est artificiellement présenté comme inéluctable et nécessaire.
La réalité historique de la conquête du système éducatif par le peuple, ayant donné naissance à une démocratisation de la scolarisation et à la création d’un grand service public d’éducation, témoigne toujours du chemin à suivre.
L’heure est venue par la mobilisation populaire d’obtenir des choix politiques et philosophiques qui puissent garantir que l’éducation redeviendra une priorité nationale, non assimilable à n’importe quel autre secteur d’activité économique.
Une école laïque et républicaine qui enseigne des valeurs humanistes.


