Luc Chatel, nouveau ministre, vieille rengaine ! Sur la forme comme sur le fond, cette rentrée ressemble à s’y méprendre aux précédentes. Un ministre prompt
à redire qu’il poursuivra la politique de son prédécesseur ; des syndicats qui nous préparent la sempiternelle journée « ballons »... Bref, une rentrée à désirer la
grève !
L’école n’est pas seulement soumise au régime sec, suppression de milliers de postes, ou gérée à flux tendu avec l’emploi de personnels à statuts précaires et
bas salaires (profs vacataires, aides éducateurs, emplois de vie scolaire, médiateurs...) ; l’avalanche des mesures gouvernementales dessine les contours d’une école soumise aux lois du
marché : compétition, évaluation, performance, mérite. De l’école caserne à l’école entreprise, une vaste opération privative est en cours.
Défendre une autre école, celle de l’émancipation, de la coopération et de l’entraide, tel doit être notre objectif. Dégonflons les baudruches et réaffirmons nos
désobéissances dans la grève !
Les faits divers qui meurtrissent directement ou indirectement l’école sont de plus en plus nombreux et
violents.
Cette récurrence ne conduit par pour autant la société à s’interroger efficacement sur les causes réelles de
cette situation.
Ainsi, à ce jour, la posture, consistant à éviter délibérément d’avoir à apporter des réponses concrètes à la complexité de la
question scolaire, autorise toutes les attaques partisanes et la mise en place d’une véritable chasse aux sorcières contre les enseignants.
Cette contestation « visible » contre les professeurs aggrave un état de fait, lui, pour l’instant moins sujet à
polémique. En effet, les professionnels de l’éducation ne possèdent désormais plus le « monopole » de la transmission des savoirs.
Nous assistons depuis quelques années déjà à la fin d’une forme de « magistrature intellectuelle », jadis
louée.
La didactique a bien tenté de « coller » à la rapidité de ces changements en mettant l’accent sur des pédagogies
dites « actives ».
Les apprentissages convergeant désormais vers l’objectif « d’apprendre à apprendre ».
Mais cette démarche pédagogique porte en elle ses propres limites. Elle aboutit, in fine, à une forme exclusive de pensées
techniques qui altère durablement le fond.
Cette conception pragmatique et fonctionnelle de l’éducation ne répond restrictivement qu’aux besoins d’une économie technisée.
L’apprenant, dès sa formation initiale, comprenant qu’il n’a aucune « chance » de trouver un emploi s’il n’est pas qualifié.
Dès lors, l’école n’est plus perçue comme un lieu d’épanouissement et d’émancipation mais comme une institution essentiellement
contraignante et donc difficilement acceptée par des jeunes.
Pourquoi difficilement acceptée ?
Premièrement, car il ne s’agit pas uniquement de la part des jeunes d’une remise en cause de l’éducation mais
de l’absence d’éducations. En effet, les rapports intergénérationnels entre les adultes et les non-adultes ne cessent de se dégrader. Alors même que nous sommes entrés dans l’ère de la
communication effrénée ; les tentatives de dialogues, lorsqu’elles existent, s’apparentent davantage à des monologues, creusant un peu plus le « fossé ».
L’institution scolaire se retrouve isolée pour remplir ses missions car les familles n’assument pas celles complémentaires et
essentielles qui leur incombent.
Deuxièmement, le « modèle » des normes proposées par l’école n’est plus considéré comme « imitable » car
difficilement identifiable.
Normes « brouillées » , qui ne portent en elles que très peu de valeurs devant reposer par essence sur une vision
clairement humaniste de la société.
La transmission de notre patrimoine culturel passe au second plan au « bénéfice » d’une « culture » de
l’individualisme forcené dont se nourrit le capitalisme.
Il s’agit d’une volonté des pouvoirs politiques et économiques, au sens large du terme, d’empêcher, par leurs
choix éducatifs, l’émergence d’une conscience critique potentiellement capable de remettre en cause le socle inique sur lequel ils reposent.
En même temps, l’abandon des valeurs idéologiques est artificiellement présenté comme inéluctable et nécessaire.
La réalité historique de la conquête du système éducatif par le peuple, ayant donné naissance à une
démocratisation de la scolarisation et à la création d’un grand service public d’éducation, témoigne toujours du chemin à suivre.
L’heure est venue par la mobilisation populaire d’obtenir des choix politiques et philosophiques
qui puissent garantir que l’éducation redeviendra une priorité nationale, non assimilable à n’importe quel autre secteur d’activité
économique.
Une école laïque et républicaine qui enseigne des valeurs humanistes.
Les syndicats de l'Education appellent à l'action mais pas "encore" à la grève.
La base risque fort de ne pas rester très longtemps "encore" sur la... grève à voir passer des appels peu clairs!
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